Punks, néo-nazis et sang : quand l’horreur débarque à Cannes avec Green Room


9 874

Partages


Des punks, des néo-nazis, Patrick Stewart, de l’humour et du sang. S’il fallait résumer Green Room en quelques mots, voilà ceux qu’on aurait utilisés.

Jeremy Saulnier aime les films encadrés par deux termes : après Murder Party et le fabuleux Blue Ruin présenté lui aussi à Cannes, le réalisateur américain propose aujourd’hui Green Room dans le cadre de la Quinzaine des réalisateurs. L’histoire d’un jeune groupe punk sur les rotules qui, pour rattraper une tournée financièrement désastreuse, accepte de faire une date du côté de Portland, la ville des Elliott Smith, The Dandy Warhols et Matt Groening. N’y voyez aucun lien.

Le deal ? Jouer une playlist d’une dizaine de morceaux dans un bar éminemment néo-nazi et remporter 350 euros moins les boissons consommées. L’accueil est froid, leur nom de scène, “Ain’t Right”, transformé par leurs hôtes en “Aren’t Right” (“Pas de droite”). Leur concert terminé, ils sont les témoins indiscrets d’un meurtre qu’ils n’auraient pas dû voir. Le groupe est alors bientôt cerné par une flopée d’hommes aux lacets rouges plutôt hostiles à leur survie. Un “survival movie”, vous l’avez.

De l’horreur au rire, du rire à l’horreur
Il y a un an, la Quinzaine des réalisateurs découvrait It Follows. Un thriller horrifique stylisé qui sortait la Croisette de sa torpeur. Cette année, Green Room poursuit la tradition du film américain indé redonnant au septième art ses lettres d’un sang léger : parfois, et même dans la pire des situations, il ne faut pas se prendre au sérieux.

Car si le sang coule dans Green Room, l’humour aussi. À Cannes, lors de la séance, les spectateurs sont sous le charme d’une nonchalance ciné. On prend son pied et du recul sur une histoire atroce, entre des chiens impitoyables, de jeunes punk qui doivent dépasser leur image de musicien underground pour devenir des tueurs aussi barbares que leurs agresseurs et un Patrick Stewart qui n’a jamais paru aussi flippant. Le tout se déroule dans un seul et unique endroit, une chambre, devenue le lieu d’un siège mortifère.

Au casting, on retrouve de jeunes perles, comme Anton Yelchin (déjà vu dans les derniers Star Trek de J.J. Abrams), le gitan de la série britannique Glue Callum Turner ou encore Imogen Poots vue dans Broadway Therapy et bientôt présente dans le prochain Terrence Malick.

Punks, néo-nazis et sang : quand l’horreur débarque à Cannes avec Green Room

Un film de genre rafraîchissant
Avec son troisième film, Jérémy Saulnier réussit à marier son amour pour le film du genre qu’il avait concrétisé presque sans moyens avec Murder Party et sa science de la mise en scène profondément violente qu’il avait mise en situation avec le vengeur Blue Ruin. L’humour noir des frères Coen en plus.

Le plus intéressant est la manière dont le cinéaste développe son film. Pas à pas, sans fioritures ni abus de références. Son cinéma, il le connaît, il le maîtrise. SiBlue Ruin était silencieux, avec des instants absurdes, Green Room allie la parole à l’acte, les dialogues à prendre au second degré aux tueries cruelles, comme pour mieux se moquer, détourner et rigoler d’un genre, le slasher, qui s’est lui-même auto-parodié avec le monument Scream transformé au fil des années en franchise.

Les personnages, eux, sont à contre-courant de toute la mode apportée par les films de super-héros hollywoodiens : ici, pas de courage ou de prises de risques insensées qui amènent à la victoire sur l’ennemi. Ils font des erreurs, se dépassent mais la situation dans laquelle ils sont pue quelque chose d’assez simple, la merde.

Au final, si Green Room ne renouvèle pas le cinéma de genre, la Quinzaine des réalisateurs a au moins le mérite de mettre la lumière sur le dynamisme horrifique qui a lieu outre-Atlantique, entre des cinéastes comme Jeremy Saulnier, David Robert Mitchell ou encore Adam Wingard.


9 874

Partages


Commentaires


Encore plus de Meilleur du Pire